Lors des manifestations de juin 2013, puis de leur résurgence pré-coupe du monde, l’une des principales revendications du peuple Brésilien était l’amélioration du système éducatif.
L’ensemble des médias s’en faisait alors l’écho se contentant souvent de relayer les slogans du type “Nous ne voulons pas de la coupe, nous voulons + d’éducation …”, ou en restant à de grandes généralités sur le budget consacré à l’éducation.
Récemment de nouvelles manifestations de professeurs (fréquentes depuis quelques années) ont éclaté dans plusieurs villes du pays. A l’occasion d’un déjeuner avec mes collègues; tous ou presque ingénieurs; je me suis alors hasardé à demander quel parcours scolaire ils avaient suivi.
Leur réponse fut unanime: primaire et secondaire dans le privé, car “les écoles publiques ont un très mauvais niveau et ne permettent pas d’accéder aux meilleures universités” puis université publique “car ce sont les meilleures”.
A titre de comparaison un lycée privé coute env. 400 à 2000€/ mois, un semestre en université privée entre 1000 et 5000€, le salaire minimum brésilien est lui de 240€.
En conclusion si on est pauvre on reçoit une éducation primaire/ secondaire de mauvais niveau, on ne peut alors pas accéder aux meilleures universités, gratuites et sélectives, et si l’on veut continuer à étudier dans le supérieur il faut payer ses études… Difficile dans ce cas de compter sur l’éducation pour faire marcher l’ascenseur social…
Comment expliquer un niveau si déplorable de l’enseignement public primaire et secondaire? Quelques faits et chiffres qui parlent d’eux même:
- Bien qu’en forte augmentation ces 10 dernières années (4% du PIB en 2004 contre 6,45% en 2013), et avec un objectif de 10% en 2020 voté par le congrès en 2012 (qui placera le Brésil loin devant la plupart des pays de l’OCDE - ce qui pourrait se justifier par sa courbe démographique... à qualité d'éducation égale) le budget de l’éducation nationale parait bien mal utilisé.
- Etat fédéral oblige, le financement et la gestion des établissements publics sont complexes et relèvent à la fois des municipalités et des états fédérés. L’état a alors un très faible contrôle sur l’utilisation des budgets - et comme dans d’autres domaines au Brésil la complexification du système, la multiplication des strates donnent libre cours aux fraudes et à la corruption.
- En conséquence les moyens réellement mis à disposition des écoles sont bien trop faibles, ne permettant pas d'après le corps enseignant d'assurer un niveau décent d'infrastructures, matériel matériel éducatif…
- Le salaire des professeurs débutants varient entre 300 et 400€, soit guère plus que le salaire minimum… Difficile alors de trouver un logement décent, se nourrir... en particulier dans les grandes villes où le coût de la vie est cher. Bien souvent ils doivent cumuler leur activité avec d’autres petits boulots pour joindre les 2 bouts, ou partir travailler dans le privé pour les meilleurs.
- Les professeurs sont souvent peu/ mal formés (un article du monde parle de 1 prof de physique sur 4 seulement formé dans sa spécialité)
En conséquence un fort taux de redoublement (19%/ an contre 4% en moyenne en Amérique latine), une grosse quantité d'abandons scolaires et à peine ⅓ de la population qui accède à des études supérieures, etc... Si bien que malgré un taux d'alphabétisation de 95% affiché, une large partie de la population souffre de graves lacunes en lecture, écriture et calcul.
Grace aux politiques d’aides mises en place depuis l’aire Lula et auparavant, et une forte croissance économique au cours des 10 dernières années (désormais retombée au niveau des pays de l’OCDE) 35 millions de Brésiliens ont échappé à la pauvreté.
Pour autant 6,4% des familles touchent un revenu inférieur à ¼ du salaire minimum (source IBGE) et 14,6% un revenu situé entre ¼ et la moitié… Vivre dignement avec un salaire minimum s’avère déjà compliqué (produits de première nécessité, logement et transports demeurent chers voire très chers pour un pays émergent), on imagine bien dans quel niveau de pauvreté se retrouvent ces familles.
Pour autant 6,4% des familles touchent un revenu inférieur à ¼ du salaire minimum (source IBGE) et 14,6% un revenu situé entre ¼ et la moitié… Vivre dignement avec un salaire minimum s’avère déjà compliqué (produits de première nécessité, logement et transports demeurent chers voire très chers pour un pays émergent), on imagine bien dans quel niveau de pauvreté se retrouvent ces familles.
Dans un même temps le pays a un déficit chronique de main d’oeuvre qualifiée, constituant un frein au développement de son industrie, pourtant bien en deçà d’autres pays émergents (les secteurs primaires: agriculture, minier... restant prépondérants). Un tel développement permettrait également au pays de s’émanciper du besoin croissant d’exploitation de ses ressources naturelles.
Cette tension du marché du travail au niveau des professions qualifiées induit une énorme prime au diplôme: 156% (comparativement à 50% pour la moyenne de l’OCDE) accentuant encore les inégalités salariales.
Cette tension du marché du travail au niveau des professions qualifiées induit une énorme prime au diplôme: 156% (comparativement à 50% pour la moyenne de l’OCDE) accentuant encore les inégalités salariales.
On comprend alors d’où provient toute cette frustration accumulée qui se déverse dans les rues de manière épisodique…
Plus que d’investir davantage dans l’éducation, comme dans bien des domaines il semble que c’est une véritable refonte du système éducatif et des institutions qui doive s’opérer au Brésil.
Plus que d’investir davantage dans l’éducation, comme dans bien des domaines il semble que c’est une véritable refonte du système éducatif et des institutions qui doive s’opérer au Brésil.
C’est sans doute une des clés principales pour permettre l'émancipation du Brésil vis à vis de l’exploitation effrénée de ses ressources naturelles, son retour à la croissance et la fin de la révoltante reproduction sociale qu’induit le système.
La mutation sera longue, le peuple Brésilien ne devra sans doute pas se contenter d'un éclairage éphémère à l'occasion d'événements sportifs mondiaux et continuer à s'indigner, sans se laisser berner par les gentilles comptines d’ascension sociale qu’on leur débite dans les télénovelas, pour que le système éducatif Brésilien évolue vers plus de justice.
Quelques sources et autres sites pour en savoir plus:
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